2019, quel bilan ?


Cette année 2019 aura été riche en activités syndicales, et marquée par des changements profonds de notre système éducatif.

Du point de vue de notre instance représentative, le congrès de la Rochelle du mois d’avril aura été le point de départ de la mise en place du nouveau Bureau National et du nouveau Secrétariat Général. Le travail de l’équipe sortante a été salué et s’est inscrit dans la continuité de notre action. Un premier signe fort de la tension qui commençait à monter chez les personnels de direction s’est traduit par la saisine par Indépendance et Direction du CHSCT ministériel sur nos conditions de travail et l’alerte sociale qui a été concomitamment lancée par notre organisation fin 2018. Il ne s’agissait pas d’une anticipation des difficultés de l’année 2019 que nous allions connaitre mais d’une saisine liées à la constatation que nos conditions de travail se dégradaient fortement et rapidement dès cette année-là.

Depuis, les changements et évènements que nous avons connus durant cette année 2019 n’ont fait qu’aggraver la situation. Pour quelle raison en sommes-nous arrivés là ?

Tout d’abord, les réformes en profondeur se sont succédées à un rythme effréné Elles ont touchées l’ensemble du système éducatif :

La réforme de l’apprentissage qui n’a pas fait tant de remous que cela modifie pourtant radicalement les choses : à un système régulé par les Régions et l’Etat s’en substitue un autre qui permet à un organisme de développer les formations qu’il souhaite avec un financement au contrat. Au travers d’un objectif de développement de l’apprentissage l’impact sur notre système scolaire est majeur. La mixité des publics devient la réponse obligée pour éviter que nos sections en lycée professionnel se vident. Indépendance et Direction a toujours été favorable à la mixité scolaires/apprentis lorsqu’elle est possible, mais rappelons malgré tout l’opposition farouche de certaines salles des professeurs qui met à mal les proviseurs de LP. Qu’en est-il cependant de la comptabilisation des apprentis dans les effectifs ? Indépendance et Direction revendique depuis toujours que les apprentis soient comptabilisés dans les effectifs pour le calcul de la DHG. Pour l’instant, rien ne bouge de ce côté.

Mais c’est aussi la gouvernance de l’apprentissage qui pose question : entre les GIP, les CFA, les Greta, on rencontre tous les modes de fonctionnement dans les académies. La reprise des personnels des anciennes structures par les nouvelles est partout différente. Leur mode de rémunération ne l’est pas moins. Et enfin pour les établissements scolaires, la taxe d’apprentissage fond comme neige au soleil.

Les LP ont aussi connu la mise en place des familles de métiers, la refonte des programmes, l’introduction du chef d’œuvre et de la co-intervention. Ce qui a là surtout posé problème c’est la précipitation avec laquelle l’application de la réforme s’est faite, avec des proviseurs de LP qui étaient bien en peine de renseigner en temps et en heure les familles, les élèves et les enseignants sur les modalités de sa mise en place.

Le renforcement des dispositifs liés à l’inclusion scolaire a aussi profondément modifié nos conditions de travail. Si Indépendance et Direction est favorable à l’inclusion, la mise en place des PIAL à des échelles différentes selon les académies d’ailleurs, pose de sérieuses questions de responsabilités pour les chefs d’établissement et surtout de quantité de travail liées notamment aux questions de GRH.

La réforme du bac, mise en place depuis la rentrée scolaire a un objectif affiché de simplification de l’épreuve. Les personnels de direction constatent actuellement l’exact inverse. La mise en place des E3c qui pose de nombreuses questions organisationnelles appréhendées au fur et à mesure de leur découverte, aboutit pour nous à un transfert d’une partie des charges qui incombaient jusque-là aux DEC. Par ailleurs les applications informatiques ne sont pas toujours ni intuitives, ni fonctionnelles, ce qui ajoute encore à la difficulté.

On pourrait encore citer bien d’autres chantiers ouverts ou qui vont s’ouvrir qui vont poursuivre les profondes modifications déjà entamées. Ne parlons que d’un seul d’entre eux qui est la loi de transformation de la fonction publique, dont on voit mal quel autre objectif elle peut avoir que d’évincer la représentation syndicale de toutes les opérations de gestion de carrière des agents.

Mais cette année 2019 a également été celle de mouvements sociaux qui ont impacté les établissements scolaires et notre profession dans la durée. Ces mouvements ont d’ailleurs pris parfois une tournure violente, et ont mis des collègues face à des situations où leur sécurité était en jeu. Les blocages pendant plusieurs semaines d’établissements scolaires sont épuisants pour les personnels de direction et peuvent même parfois se révéler dangereux pour la sécurité.

Enfin, en cette fin d’année l’annonce de la refonte complète du mode de calcul des retraites qui nous fera perdre le bénéfice du calcul sur les six derniers mois pour prendre en compte l’ensemble de la carrière, entraîne une forte inquiétude. On ne voit pas comment ce nouveau mode de calcul n’entrainerait pas mécaniquement une baisse des pensions ou une obligation de travailler plus longtemps pour éviter une baisse conséquente de nos pensions.

C’est dans ce contexte qu’Indépendance et Direction a d’abord alerté à plusieurs reprises le ministre en GNPD et a demandé d’ouvrir le chantier de la refonte de notre protocole d’un autre âge. Le principe en a été acté.  Nous avons également demandé la mise en place dès 2019 d’une prime exceptionnelle afin de reconnaitre l’investissement exceptionnel des personnels de direction pendant toute cette année. Ensuite nous avons lancé des actions auprès de nos adhérents (questionnaire – sondage sur les conditions de travail, action #stopauxenquêtes, action bulletins de salaire, courriers au ministre, demandes d’audience) qui se poursuivront sous différentes formes si nos revendications en terme de conditions de travail, de rémunération et de conduite de carrière ne sont pas prises en compte. De leur côté les académies ne sont pas en reste et ont également commencé à se mobiliser, appelant les collègues à des mobilisations sous des formes diverses.

Enfin nous avons appelé à soutenir le mouvement de grève du 5 décembre en y associant nos revendications salariales.

Disons-le tout net : nous ne sommes pas une profession qui use et abuse du droit de grève. Beaucoup d’entre nous ne l’ont d’ailleurs jamais exercé. Mais il est certain que sans des signes tangibles et concrets de reconnaissance de notre investissement professionnel nous ne nous dirigions vers une rupture préjudiciable. L’annonce d’une prime pour les proviseurs et proviseurs adjoints au titre des E3c est un premier pas dans la bonne direction.

Mais il en reste bien d’autres à faire et pas seulement dans le domaine de la rémunération mais aussi, et peut être surtout, en termes de qualité de vie. C’est dans cette direction qu’Indépendance et Direction orientera son action en 2020.