Monsieur le Recteur,
Avec les beaux jours, gageons que la sérénité soit retrouvée pour préparer les examens et l’année prochaine. On ne peut en effet pas dire que nous ayons bénéficié d’un temps d’échange suffisant et donc serein sur les DHG avec des équipes souvent tendues comme des arcs à mesure qu’elles apprenaient les fermetures de divisions avec pour corollaire, la foultitude de CSD voire de suppressions de postes. Bien que vous ayez répondu courtoisement à notre demande d’un assouplissement du calendrier, nous ne manquerons pas de souligner que votre réponse ne correspond pas à l’esprit de la Charte de pilotage des établissements. Nous le regrettons. Les établissements sont une fois de plus la variable d’ajustement pour favoriser la tenue des mouvements des enseignants. C’est bien dommage !
Dans un autre domaine, nous prenons acte avec un plaisir non dissimulé de la reconquête du mois de juin dans la voie professionnelle. Hélas, car il y a presque toujours un hélas, nous constatons que, comme d’habitude, renoncer à une très mauvaise idée n’est pas chose aisée chez nos hommes politiques. Le parcours Y change de nom mais pas de philosophie. Les esprits chagrins me diront que nous devrions nous réjouir de voir cette période inutile fondre comme neige au soleil -c’est de saison-, passant de 6 semaines à 4 puis maintenant 2, il n’en demeure pas moins vrai que depuis 2008, la voie pro a perdu un nombre incalculable d’heures d’enseignement. Et il est bien connu qu’avec moins d’heures, on est bien mieux formés pour entrer dans la vie active mais aussi pour poursuivre des études supérieures. Les taux d’échec et de décrochage de nos jeunes bacheliers professionnels dans le Supérieur devraient permettre à nos éminences grises de réfléchir davantage, en s’interdisant par facilité d’alléger les contenus. Mais non, laissons ça aux établissements, à leurs évaluations, leurs contrats d’objectifs sans moyens, aux chefs d’établissements qui accueillent une noria de néo-contractuels parfois totalement déroutés par la nature des publics accueillis. Faire mieux avec moins tant en quantité qu’en qualité pour résumer.
Et pourtant, à l’heure de l’intelligence artificielle, les métiers manuels pourraient bien être davantage protégés et donc prisés car très rémunérateurs dans certains domaines comme l’industrie ou l’artisanat. En tire-t-on des conclusions ? Que nenni ou pas assez vite ! On continue à laisser des milliers de jeunes s’engouffrer dans les voies de garage de certains CAP et Bac pro tertiaires, sans oublier la filière STMG (certes recalibrée à la baisse), très exposée aux transformations du marché de l’emploi.
Alors que la France vieillit dramatiquement, pourquoi être aussi frileux sur l’ouverture des ST2S ?
Alors que nous prenons du retard dans l’innovation, pourquoi réduire la voilure de l’ambition STI2D ? La Région est pourtant partie prenante dans cette affaire.
Quelle politique académique, Monsieur le Recteur, comptez-vous mener sur l’orientation post-3ème qui pour le moment semble contrevenir aux discours de revalorisation de la voie professionnelle tout en poursuivant une sorte de cylindrage vers la 2GT avec des publics toujours plus fragiles et peu désireux de s’engager en réalité dans la continuum Bac-3 / Bac +5 ?
Pendant ce temps, l’usine à diplômer à tout-va fonctionne à plein, mettant les conditions d’exercice des adjoints, notamment en lycée, à rude épreuve. ID tient d’ailleurs à leur rendre un hommage vibrant car sans nos adjoints, le navire coulerait à pic. Leur dévouement sans bornes au mépris de leur vie personnelle, leur expertise, leur polyvalence passent pourtant inaperçu, eux les grands invisibles de l’Education nationale. Ils doivent ingérer puis digérer des kilomètres de circulaires pour leur expliquer le fonctionnement des CCF ! Ils doivent jongler avec la pléthore d’aménagements délirants pour permettre à nos jeunes en situation de handicap de décrocher un sésame pour nulle part après leur CAP et ce, dès l’âge précoce de 16 ans parce que redoubler, ce n’est pas beau ! Ça coûte surtout 2 milliards, une peccadille pourtant comparée à la croissance affolante des dépenses militaires.
Monsieur le Recteur, la transition est toute trouvée pour revenir à l’école inclusive. Comment se déploient les PAS ? En mesurons-nous déjà quelques effets alors que les enseignants et les perdir se sentent toujours plus démunis face aux publics dont les troubles les laissent perplexes ? Pourquoi tant de TDAH ou de TOP, dernière lubie des psychiatres.
De même, la profession s’inquiète du caractère particulièrement violent d’une jeunesse qui a substitué la lame accompagnée de borborygmes inaudibles à la langue. La recrudescence des conseils de discipline nous semble préoccupante et nous nous attendons à un énième plan violence sans moyens humains.
ID suggère de profiter de la baisse démographique pour favoriser un redéploiement des moyens au profit d’un recrutement d’AED, de psychologues, d’un corps d’éducateurs spécialisés ou de moniteurs éducateurs qui fassent du lien. La qualité des relations n’en sera que meilleure dans les établissements et permettra d’arrêter de médicaliser pour ne pas dire psychiatriser ce qui relève bien souvent de problèmes éducatifs et de manque de relations authentiques. L’humain, toujours l’humain. C’est pourtant ce qui favorise l’apaisement grâce au temps d’écoute, à l’animation d’ateliers ou de cellules de décompression. Plus de personnel, c’est plus de réactivité, c’est plus d’humanité. Et là, nous parviendrons peut-être à enrayer cette spirale infernale des saisines de la MDPH d’une part et des conseils de discipline d’autre part précédés de nombreuses réunions chronophages et à l’efficacité plus que douteuse au vu de la pénurie de personnels ou de praticiens.
Tout un projet !
