Il y a encore du chemin à faire

Publié le mercredi 9 mars 2022


Depuis plusieurs années Indépendance et Direction occupe le terrain revendicatif pour améliorer les conditions de travail des personnels de direction. Même si le chemin est long à parcourir et les obstacles nombreux, notre organisation syndicale poursuit sa lutte avec ce qui constitue son ADN depuis sa création : son indépendance et son esprit critique vis-à-vis de tous les pouvoirs politiques. En effet, quel que soit le pouvoir en place, Indépendance et Direction n’a jamais modifié sa posture ni n’a varié dans ses positions et ses engagements. C’est la raison pour laquelle nous apparaissons souvent dans les réunions comme le syndicat tenant un discours divergeant par rapport à la doxa en cours, ce qui nous a valu parfois des réactions de défiance de la part de nos interlocuteurs. Il n’importe : à partir du moment où nous nous bornons à faire remonter les réactions et analyses du terrain, ce rôle de trouble-fête nous convient.

D’autant que ces remontées du terrain ne sont que des réactions de bon sens face à des propositions de notre hiérarchie lorsque certaines dispositions ne nous paraissent pas aller sur la voie de la qualité de vie au travail des personnels de direction. Depuis plusieurs années maintenant, Indépendance et Direction est sollicité dans tous les groupes de travail et écouté par le ministère, et par les rectorats dans les académies.

Des avancées réelles ont ainsi été négociées par Indépendance et Direction avec notre ministère, en termes de rémunération il y a plusieurs mois, mais aussi plus récemment en termes de conditions de travail avec la charte de pilotage 2021. Dans ce document de cadrage, la quasi-totalité des demandes d’ajouts et de modifications demandées par Indépendance et Direction ont été acceptées par la nouvelle Direction de l’Encadrement.

Alors, tout va donc pour le mieux pour les personnels de direction ? Il est certain que la quasi totalité de la profession ne pourrait que s’offusquer de cette assertion. Qu’est ce qui pèche donc et qui entraîne notre organisation à poursuivre les revendications et à exprimer son insatisfaction sur un certain nombre de points ?

Là encore, ce sont les simples observations et remontées du terrain qui fondent notre analyse. Prenons trois avancées réelles obtenues après un long combat syndical et voyons leur impact sur notre profession :

  • Les conditions de travail : l’avancée que nous considérons comme majeure est l’instauration de la charte de pilotage dans ses éléments sur cet aspect des choses. En effet, sa lecture attentive montre que la plus grande partie des revendications constantes d’Indépendance et Direction y figure. Mais lorsque l’on interroge nos collègues sur le terrain, la plupart n’en voient guère les effets. Le caractère récent de la signature explique en partie cette inertie entre l’intention, et la mise en application. Ce n’est probablement pas le seul motif. La territorialisation grandissante de l’Education nationale est probablement la raison principale de ce hiatus, en ce sens que les académies décident de plus en plus du calendrier de mise en place des directives nationales, et de l’adaptation de ces dernières aux conditions locales. Les effets de cette territorialisation sont visibles tous les jours, par exemple dans la célérité avec laquelle certaines académies font appliquer des consignes ou demandes ministérielles, allant même parfois jusqu’à raccourcir les délais demandés pour leur mise  en  œuvre, ou à aller encore plus loin que le ministère ne le souhaite. Cela peut aussi se traduire par l’effet inverse, notamment pour cette charte de pilotage : si certaines académies s’en sont saisies et travaillent activement à  sa  déclinaison,  la plupart, à l’heure où sont écrites ces lignes, n’ont pas véritablement mis en œuvre une réflexion approfondie à son sujet, voire pour certaines(certes plus rares mais pas inexistantes) décident de n’y prendre que ce qui les intéressent, en oubliant volontairement ce qui nous impacte au premier chef en termes de qualité de vie au travail.
  • Les rémunérations et la carrière des personnels de direction : si la somme qui a été allouée par le ministère sur ce dossier est indiscutablement significative en valeur absolue (23 Millions d’euros), ses effets sur la profession sont pour le moins inégaux. Certes les débuts de carrière ont été valorisés et c’est tant mieux. Mais peut-on pour autant passer sous silence l faible impact des mesures salariales pour une bonne partie des personnels de direction ? Peut on oublier la situation des adjoints de catégorie 4 exceptionnelle qui ne voient pas un euro de plus sur le bulletin de salaire alors qu’ils ont une masse de travail de plus en plus considérable à effectuer notamment avec la réforme du baccalauréat ? Peut- on passer  par  pertes et profit les fortes diminutions du pouvoir d’achat entraînées par la quasi-disparition des primes associées à ces mêmes examens du fait des réformes ? Peut-on aussi considérer pour acquis que la rétribution liée aux PIAL soit associée à la part résultat de l’IF2R et non à la part « fonction » ? Peut-on approuver une conséquence induite par cette disposition qui aura pour effet que les collègues justement rétribués pour leur travail dans un PIAL grèveront à leur corps défendant l’enveloppe pour les perdir qui dirigent un établissement sans cette particularité en raison des quotas lies à la part « R » ? Peut-on se contenter de dire que l’augmentation de 2,58 points du taux de passage à la hors classe soit, comme on a pu le lire, « une augmentation très significative », alors que ce qui est significatif c’est que nous partions d’un taux inexplicablement plus bas que celui des enseignants et encore plus des inspecteurs, et que même avec 2,58 points de plus ce différentiel est encore très significatif ?
  • La neutralisation volontaire du rôle des organisations syndicales des personnels de direction lors des commissions paritaires : ce gouvernement aura fait en la matière ce qu’aucun avant lui n’aura osé faire. Le rôle majeur derégulation joué par les OS de personnels de direction en matière de mutations et de promotions était apprécié par notre ministère lui-même. Tout a été fait pour évincer les organisations syndicales de ce dialogue sous couvert de rationalisation, obligeant ces dernières à recourir à des expédients (enquêtes auprès des perdir, demandes d’entretien avec les autorités en dehors de tout cadre défini pour défendre des dossiers) dont Indépendance et Direction ne peut se satisfaire. L’argument qui consiste à dire que nous serions un dégât collatéral d’une disposition qui concerne des corps aux effectifs bien plus nombreux que nous ne peut que nous conduire à demander qu’à partir du moment où notre situation est exceptionnelle, notre traitement le soit également. C’est pourquoi nous continuons à intervenir auprès de la Direction de l’Encadrement, et même au niveau interministériel, pour que nous puissions avoir de nouveau accès aux informations ministérielles  sur  les  mutations et promotions, et que des formes régulées et officielles de dialogue soient réinstaurées pour que nous défendions au grand jour nos collègues en toute transparence et équité.

A travers ces simples exemples, on a un aperçu des revendications qu’Indépendance et Direction porte à chaque occasion, et elles sont nombreuses. Alors, le chemin est encore long à parcourir. Soyez certains que cette année scolaire 2021-2022 verra indépendance et Direction monter en puissance sur ses revendications afin des les faire partager par notre hiérarchie, et cela quel que soit le résultat des futures élections présidentielles, comme nous l’avons toujours fait.

Franck ANTRACCOLI,
Secrétaire Général

iDéees mag n°81